De l’irresponsabilité individuelle au drame collectif

23 mars 2009 – 9:51 by redacteur

L’actualité tend à raffoler de plus en plus d’histoires individuelles généralement assez pathétiques voire carrément glauques : enlèvements, accidents, incestes, drames familiaux, etc.

La grande tendance pour certains journalistes est de se rendre directement sur les lieux du drame. Sans pudeur, on nous montre l’endroit où l’action s’est passée, les éventuelles traces de sang, on interroge l’entourage comme si nous faisions nous-mêmes partie de l’équipe chargée d’enquêter. Peut-être s’agit-il là du syndrome « série policière » plus ou moins scientifique qui est censé donné à l’actualité un visage plus interactif et divertissant.

Mais cette tendance m’apparaît bien innocente comparée à celle consistant à réagir politiquement face à chacun de ces drames. Comme si l’émotion suscitée par la couverture médiatique de ces événements nécessitait une réponse devant rassurer le consommateur de médias moyen.

Les politiciens ont ainsi de plus en plus tendance à confondre opinion publique et bien collectif. Par intérêt démagogique ou par volonté de bien faire, ils se sentent obligés d’apporter une réponse afin d’éviter qu’un tel événement ne se reproduise.

Une famille se fait écraser par le RER, il faut sécuriser les voies et installer des caméras de surveillance. Un élève tire sur les élèves de son ancien lycée, il faut généraliser les équipements de détection d’armes et durcir la législation concernant la possession d’armes. Un gamin de 13 ans met sa copine de 15 ans enceinte, il faut remettre en cause le système d’aide aux mères célibataires et généraliser les interventions du planning familial censées « dégouter » les adolescentes de se retrouver enceintes…

Certes, une bonne part de l’action politique se base sur une réaction à des faits réels censés refléter une certaine réalité avec laquelle tout bon politicien se doit d’être en phase. Seulement dans la plupart des exemples cités, il ne s’agit le plus souvent que de cas isolés et exceptionnels pour lesquels il apparaît nécessaire de prendre un certain recul avant d’élaborer de nouvelles lois.

Cependant, aujourd’hui, l’exception semble de plus en plus dicter la règle. Sous peine d’être accusée de ne rien faire par une opinion chauffée à blanc par les médias, la sphère politique se précipite sur ce genre d’affaires, trop heureuse de montrer qu’elle œuvre pour l’intérêt collectif.

Néanmoins, cette pratique se révèle d’autant plus dangereuse que les nouvelles lois reposent dès lors sur des comportements irresponsables loin d’être généralisés. Sous prétexte que quelqu’un se ballade sur une voie ferrée, il faudrait en empêcher formellement l’accès. Pourquoi ne pas grillager ainsi les routes, sous prétexte que des piétons se font parfois écraser ?

Ainsi, vouloir remédier à l’exception en proclamant une loi générale ne peut que s’avérer liberticide et néfaste pour la société tout entière. En voulant prévenir les comportements individuels irresponsables générateurs de drames, les politiciens sous-entendent qu’il ne s’agit pas d’exception mais que c’est la société tout entière qui est potentiellement irresponsable.

En réagissant ainsi, c’est donc en quelque sorte l’irresponsabilité d’individus isolés qui guident en partie l’action publique. Forcément, à l’inverse, dédramatiser et faire preuve de pédagogie, cela passe beaucoup moins bien à la télé pour se faire réélire.

Pourquoi je n’aime pas Barack Obama

9 février 2009 – 12:22 by redacteur

De nos jours, il n’est pas de très bon ton de critiquer l’élu, que dis-je l’enfant prodigue, ayant pris récemment ses quartiers à la Maison Blanche. Tout détracteur est ainsi vite qualifié de rabat-joie, de briseur d’espoir, de pessimiste et parfois même de raciste ! Pourtant, malgré le risque d’être méchamment étiqueté et méprisé, je n’y peux rien, je n’aime pas Barack Obama.

Ce désamour (plutôt qu’une véritable haine) est en quelque sorte quasi-charnel. Dès qu’il apparaît à l’écran, je ne peux m’empêcher de voir dans ce grand échalas qu’une incarnation de la défaite de la pensée politique. Obama pourtant crève l’écran, il trouve les mots justes, il est différent. Néanmoins, toutes ces qualités visuelles trahissent également une certaine insensibilité charismatique qui ne fait que souligner la vacuité du discours.

Barack Obama n’a aucun programme, si ce n’est le changement, l’espoir. Tel un messie, son approche politique relève plus de la prédication que de l’action. Lorsque je l’écoute, je ne peux m’empêcher de penser à Ségolène Royal qui elle aussi était différente. Avec son “gagnant-gagnant”, son “ordre juste” puis plus tard sa “fraternité” martelée en chantant, elle utilise un registre à peu près identique au “Yes, we can“, sorte de coquille vide de sens, où tout le monde peut projeter ses espoirs personnels.

Mais, me direz-vous, cette comédie est maintenant terminée ! Obama a quand même été élu, et il est passé du discours à l’action. Hélas, c’est presque pire ! Qu’avait-il promis ? Le changement ! Pas très difficile comme promesse, sachant qu’après George Bush, même un vétéran comme John McCain aurait pu incarner ce changement. Alors qu’a-t-il d’autre dans son hotte magique ce nouveau président, à part fermer Guantanamo ou envisager un retrait en Irak ? Son plan de relance bien sûr !

Alors que l’économie des Etats-Unis chancelle suite à une bulle du crédit et commence à s’enfoncer dans un surendettement mortifère, quel changement Obama prône-t-il ? Continuer à creuser le trou, ou à appuyer sur la tête du malade pour l’étouffer encore plus. Des réductions d’impôts pour continuer à consommer, des garanties d’emprunts pour continuer à prêter sans risque à des personnes non-solvables, des grands travaux financés par les contribuables les plus aisés et surtout par les Henry (Hign earnings not rich yet), c’est-à-dire la classe moyenne supérieure qui disposent des principales capacités entrepreneuriales et d’investissement à même de moderniser le tissu économique du pays et d’amorcer une relance de fond.

Le problème est que le vrai changement, celui qui implique l’inconnu, une certaine souffrance et une réelle remise en cause, n’est pas très vendeur une fois qu’on est au pouvoir. Electoralement, il est plus facile de prendre des mesures chocs mais sans réelle portée (limiter les salaires des patrons ou les bonus des traders) que d’expliquer à son électorat que le changement va toucher chaque foyer et qu’il va être très long et difficile.

Oser dire aux Américains que tout plan de relance consiste à écoper un navire déjà condamné si les fondements socio-économiques des Etats-Unis n’évoluent pas en profondeur : voilà du courage politique ! Néanmoins, c’est un peu plus plombant qu’un léger “Yes, we can“. Une telle sincérité reviendrait plutôt à un “No, we can’t” (continuer comme ça). Nous ne pouvons pas continuer à consommer sans limite, nous ne pouvons pas continuer à vivre sans épargne, nous ne pouvons pas continuer à manipuler à notre profit le désordre économique mondial aux dépends de nos partenaires, et surtout nous ne pouvons pas continuer à considérer les pays du Sud comme de simples larbins économiques au service des consommateurs américains.

Non, tout ça Barack ne sait pas le faire. Il n’a pas été élu pour décevoir un peuple qui a placé tous ces espoirs en lui. Ainsi, seule lui reste la démagogie, au pire le populisme qu’il hésite pourtant encore à utiliser (voir son récent recul sur la mise en place de mesures protectionnistes). Dès sa campagne, ce président s’est enfermé dans un rôle de prophète qu’il lui est impossible d’abandonner. Préférant l’aveugle espoir au constat réaliste, ce président ne peut que poursuivre la politique de fond de ses prédécesseurs, en essayant de faire rêver un peu plus… jusqu’au jour où les Américains n’y croiront vraiment plus. 

Dur d’être un libéral

4 novembre 2008 – 11:59 by redacteur

A l’heure de la crise, certains commentateurs peu éclairés accusent le libéralisme d’être à la racine de tous les maux. Pour eux, l’image du libéral est associée à celle du capitaliste sauvage assoiffé de profit et dont l’avidité a mené le système financier à sa perte. Fort heureusement, tous les analystes n’ont pas cette vision si « franco-gauchiste » de la société et savent faire la part des choses.

Parmi eux, Michel Rocard s’est récemment distingué. Dans une interview donnée au journal Le Monde daté du 2 et 3 novembre, voici ce qu’il répond quand on lui demande si la crise financière signifie la fin du libéralisme :

« Pas du tout. Et en pleine crise, la gauche pourrait faire l’économie de ce genre de controverses. Historiquement, les libéraux - Adam Smith (1723-1790), Thomas Malthus (1766-1864), David Ricardo (1772-1823) notamment - étaient des moralistes, des gens qui avaient une pensée sociale visant à intégrer la liberté humaine dans l’organisation de la société. Pour aucun d’eux, la liberté n’était le droit de faire n’importe quoi, elle avait besoin d’être canalisée par des règles

La crise actuelle ne remet pas en cause le libéralisme. En revanche, elle sonne le glas de l’ultralibéralisme, cette école de pensée criminelle fondée par Milton Friedman (1912-2006) qui voulait croire que l’équilibre du marché est optimal et que moins on a de règles, plus on a des chances d’arriver à l’”optimalité”. Elle a imprégné la droite américaine et une partie de la droite européenne. Elle a heureusement épargné les chrétiens-démocrates allemands et la droite française, encore très gaulliste. »

Tout d’abord, il est rassurant d’observer qu’il existe encore certains hommes politiques de gauche qui possèdent suffisamment de culture pour leur permettre d’analyser le monde autrement que par la diabolisation des marchés et par le raisonnement binaire consistant à auréoler le marxisme de toutes les vertus et le libéralisme de tous les vices.

Certes, Michel Rocard en fait trop quand il accuse Milton Friedman de pensée criminelle, et qu’il parle de le juger de manière posthume pour crime contre l’humanité, mais je préfère n’y voir là qu’une astuce médiatique, un moyen de pimenter une interview presque jospinienne (au sens ennuyeux du terme) de quelques grammes de polémique.

Plus sérieusement, il est intéressant de noter que M. Rocard introduit une distinction nette entre une pensée libérale classique, humaniste voire civilisée car guidée par la liberté humaine au bénéfice des individus, et un ultralibéralisme destructeur qui prône l’abolition de l’Etat et des lois, et qui implique donc un certain retour à la barbarie.

En découplant ces deux « écoles de pensée », M. Rocard réhabilite certes le mot « libéral » mais à mon avis, ce discours reflète également sa volonté d’aller plus loin en rendant ce mot acceptable à une grande partie de la gauche. En effet, pour lui, le libéralisme n’est pas une idéologie de droite. Il aimerait au contraire voir l’émergence d’un courant politique qu’on pourrait qualifier en France de « centre-gauche » assumant pleinement l’économie de marché et les idées libérales, tout en conservant des valeurs de gauche telles que la redistribution des richesses ou le rôle fort de l’Etat dans la société.

Seulement, même avec la meilleure volonté du monde pour faire émerger une vision politique moins manichéenne, M. Rocard se heurte comme d’autres à la simplification médiatique, à l’inertie des clivages politiques et plus prosaïquement à la pauvreté du vocabulaire français à ce sujet.

En anglais, « liberal » qualifie plutôt les hommes politiques de gauche, capitalistes assumés certes mais assez « progressistes » concernant les libertés individuelles et les acquis sociaux. On pourrait ainsi dire que M. Rocard a une interprétation assez anglo-saxonne du libéralisme. Le problème est qu’en français, libéral semble signifier le contraire, ou du moins veut-on cantonner le sens de ce mot à une idéologie de droite, voire même de patron assoiffé de profit.

Ainsi, en France, être libéral, c’est être un sale capitaliste. Cette vision est particulièrement entretenue par l’extrême gauche française. On pourrait croire que cette dernière agit assez finement pour entretenir une confusion propre à diviser la gauche plus modérée, et à conserver le monopole du discours social réformateur. Néanmoins, je pense qu’elle est trop bête pour faire preuve d’un tel machiavélisme, et que dans l’esprit de ses militants, un libéral reste et restera un sale type de droite à combattre.

Quand les mots entretiennent eux-mêmes la confusion, que peut-on faire si ce n’est de la pédagogie ? L’ultralibéralisme n’est pas le libéralisme, même si les termes sont si proches. Alors faut-il faire comme aux Etats-Unis et utiliser le terme « libertarien » pour désigner les partisans d’un ultralibéralisme radical ? Néanmoins, les mots ont une telle pesanteur qu’on ne change pas les habitudes de langage si facilement, d’autant plus que « libertarien » se rapproche à mon avis trop de l’adjectif « libertaire » utilisé lui pour qualifier des mouvements plutôt gauchistes voire anarchistes, dans le digne héritage de mai 1968.

Hélas, je crains qu’il faille donc se préparer à se justifier d’être libéral encore de nombreuses années. Surtout que l’atmosphère de crise qui s’annonce persistante nous cantonne à rester persona non grata aux yeux des médias et de l’opinion, si prompts à désigner des coupables pour mieux se rassurer de n’avoir rien compris aux événements.

La morale et le libéral - 3ème partie : le fort et le faible

27 octobre 2008 – 10:30 by redacteur

Le principal reproche fait à l’idéologie libérale est de favoriser les forts aux dépens des faibles, et d’accentuer les inégalités en condamnant par principe toute redistribution de richesse institutionnalisée. Au risque de surprendre, je dirais que cette critique est entièrement justifiée. Néanmoins, il n’existe aucune idéologie politique et sociale parfaite. Penser le contraire, se révèle très vite incompatible avec toute forme de démocratie.

Ainsi, le libéralisme accroît les inégalités sociales. Reste à savoir si la liberté des individus représente un plus grand avantage que la pauvreté de certaines catégories sociales. Un tel raisonnement n’est certes pas moral, mais il me paraît nécessaire pour ne pas sombrer dans un humanisme de bon ton, propre à défigurer tout sens critique.

Un de mes lecteurs me demandait il y a quelque temps de m’interroger sur le point de vue libéral vis-à-vis du handicap. Cela me paraît être un bon point de départ à la réflexion. En effet, on peut percevoir le handicap comme une altération des capacités des individus, et par conséquent comme l’incarnation d’une certaine forme d’affaiblissement social. Pour autant, l’individu handicapé peut-il être envisagé de la même manière que tout autre individu ? Sa position n’induit-elle pas une certaine adaptation de la société valide étant donné que le handicap s’avère intrinsèquement impossible à modifier ?

La solidarité institutionnelle apparaît ainsi clairement légitime face à l’incapacité de l’individu à s’émanciper de son handicap. Refuser une telle idée consisterait à rejeter les handicapés hors de la société et donc de les associer à une certaine forme d’inhumanité.

Maintenant essayons de transposer ses handicaps sur le plan social. Existe-t-il des individus qui pourraient être apparentés à des sortes d’handicapés sociaux, et dont la société devrait prendre en charge la faiblesse afin de permettre leur intégration ? Le handicap est une composante subie. Quand est-il de la faiblesse induite par l’inadéquation entre les potentiels individuels et la demande sociétale ? En d’autres termes, peut-on associer une personne pauvre, mal intégrée à la société, à une sorte d’handicapé social ?

Raisonner ainsi supposerait qu’il s’agit là aussi d’une composante subie, et que cet état de fait ne peut être modifié par la volonté de l’individu. C’est là que les idéologies semblent diverger. Le libéral a plutôt tendance à percevoir chaque personne comme un potentiel : être pauvre ou inadapté socialement ne peut être perçu comme un état définitif, et ainsi non comme un handicap. Des remèdes existent, et ces derniers rejoignent tout à fait les valeurs libérales que sont l’éducation et le travail.

Ainsi, il n’apparaît pas légitime d’aider la personne affaiblie socialement en lui versant une somme d’argent ou en adaptant la société à sa condition. Au contraire, raisonner ainsi ne peut induire que des comportements d’assistanat, ne résolvant pas les causes de l’inadaptation mais cautionnant financièrement l’état de faiblesse. Pour un libéral, il apparaît plus légitime de l’aider à exploiter son potentiel en lui facilitant l’accès à l’éducation et au travail, seuls remèdes à la pauvreté.

Pourtant, dans nos sociétés occidentales, l’une des premières sources de taxation est justement le travail. Les innombrables prélèvements viennent augmenter son coût et le rendent par conséquent moins accessible et surtout moins valorisant. Or la plupart des ces ponctions alimentent justement une machine à redistribuer peu légitime, et surtout affaiblissant les potentiels sociaux les plus prometteurs (« les forts ») susceptibles de tirer la société vers le haut.

Quant à l’éducation, elle atteint souvent un tel niveau de médiocrité qu’elle ne semble plus pouvoir jouer un quelconque rôle de promotion sociale. Il s’agit moins aujourd’hui d’apporter des qualifications personnalisées et utiles aux individus, que d’amener une masse à un niveau informe de connaissances improductif sur le plan personnel car se refusant à sélectionner les individus en fonction de leurs capacités. Or la société est clairement inégalitaire, et vouloir appliquer les mêmes méthodes à tout le monde ne peut être que créateur de stagnations voire de frustrations.

Plutôt que dépenser de manière abyssale dans des mécanismes de redistribution qui maintiennent la société dans un immobilisme destructeur, l’Etat devrait plutôt se concentrer sur sa mission essentielle qui consiste à faciliter l’accès à l’éducation et au travail pour chaque individu, non pas de manière informe, mais en prenant en compte la diversité des profils et des trajectoires individuelles. Certes, il s’agit bien là d’une aide aux plus faibles, mais seulement pour leur donner la possibilité d’être plus fort, ce qui est complètement différent d’une logique d’assistance.

Un tel raisonnement est, à mon avis, le seul moyen de concilier le libéralisme (et sa fâcheuse tendance à accroître les inégalités) avec une certaine équité sociale permettant à chaque individu d’exploiter pleinement son potentiel. De riches philanthropes se sont parfois engagés dans cette voie, mais la seule charité a ses limites aussi bien financières que morales. C’est donc à l’Etat de jouer ce rôle de manière institutionnalisée, ce qui ne peut se faire que si celui-ci accepte de percevoir la société comme un enchevêtrement de dynamiques individuelles et non comme une poignée de masses informes d’électeurs qu’il faut toujours plus ou moins arroser pour parvenir à ses fins.

Pharmacien : une profession libérale ?

11 juin 2008 – 17:15 by redacteur

Je suis malade, et comme tout le monde je déteste ça. Seul point positif, je tue mon temps sur Internet en attendant que ça passe. Cependant, j’ai quand même dû sortir de chez moi pour aller voir mon médecin et passer acheter le contenu de ma longue ordonnance à la pharmacie (La France est grande championne de la consommation de médicaments en Europe).

Je croyais qu’une pharmacie c’était vert, mais sur la vitrine on ne remarque qu’un énorme autocollant rouge (couleur sanglante assez incongrue sur ce type de magasin) qui nous dit que « demain, ça sera peut-être trop tard ». Tiens, elle va fermer ma pharmacie toujours pleine de monde, surtout de personnes âgées (en 2002, les plus de 60 représentaient environ 20% de la population française, cette proportion devrait atteindre 33,7% en 2050).

Après relecture, je me rends compte que c’est en fait moi qui doit me dépêcher d’être malade. Pourquoi ? Parce que demain, il n’y aura plus de pharmacie ? Non, parce que demain il y aura plein d’endroits où acheter des médicaments !

Je ne vois pas réellement la logique dans tout ça. S’il y a davantage d’offre, il y aura donc théoriquement plus de chances de trouver le médicament qui nous convient à un prix abordable. Il faut croire que je n’ai rien compris.

Le pharmacien se présente avant tout comme un conseiller qui aide à me soigner (je suis bête, je croyais que c’était mon médecin). En plus de «l’ultramédication», il veut nous aider à pratiquer l’automédication, en promouvant des produits dont la plupart sont chers et complètement inefficaces (Voir la récente étude publiée dans le magazine Capital). Il est vrai que nous sommes un peu stupides et incapables de comprendre des comparatifs de produits.

On est encore une fois dans le mythe français du petit commerce qui rend service aux gens, qui évite qu’ils aient à se déplacer trop loin, qui fait la conversation… mais qui au final n’a qu’un seul objectif (qu’on oublie un peu trop parfois): profiter de sa rente de situation pour faire de l’argent et rentabiliser son capital.

Alors les concurrents sont diabolisés (les futurs fossoyeurs de la santé), l’opinion est mobilisée contre les prix plus compétitifs de médicaments soi-disant délivrés sans conseils (Par exemple, en Italie la plupart des médicaments sont vendus moins chers dans les espaces parapharmacies des grandes surfaces où les clients sont conseillés par un vrai pharmacien). Au mépris du consommateur, les pharmaciens français (qui sont avant tout des commerçants) nous font croire qu’ils œuvrent uniquement pour notre bien, alors qu’ils refusent de s’adapter à un univers économique qu’ils veulent figer au détriment de tous et au seul bénéfice de leur intérêt économique.

Pour connaître la suite des arguments protectionnistes de cette profession, j’ai emporté un dépliant de la campagne brillamment intitulée « défendez votre santé ». Et là, surprise, moi qui croyait que les pharmaciens étaient plutôt de droite, on frise presque le bolchevisme :

  • En gros titre : « Demain, voulez-vous que votre pharmacie soit aux mains d’investisseurs financiers ? » (le grand capital très méchant contrairement au petit capital familial très gentil)
  • En plus petit, on dénonce : « Le détournement de ressources de l’assurance-maladie au profit de fonds de pension étrangers » (voilà, ce sont tous ces Américains ou ces Chinois qui creusent le trou de la Sécu…)

Malgré mon état fébrile, j’assiste avec stupeur à cette situation complètement schizophrène où une profession « libérale » (expression peu judicieusement choisie) demande à l’Etat de renforcer la réglementation, de protéger son marché et son capital. Elle utilise pour cela le consensuel argument de la santé des individus et se présente comme un service public. Or les pharmaciens oublient un peu vite que le commerce, comme toute entreprise, est une affaire de compétitivité, de mise en concurrence au service des clients, d’adaptation à la demande et aux évolutions de la société. Etre assis sur un tas d’or (le revenu brut moyen annuel d’un pharmacien titulaire était d’environ 120 000 euros en 2001) et demander à l’Etat de le protéger : on n’est pas très loin des pires clientélismes russes ou du capitalo-communisme chinois. Autrement dit, les pharmaciens sont pour l’économie de marché (n’ont-ils pas tendance à voter à droite ?) tant qu’ils en tirent tous les bénéfices mais sans en payer le prix. Je sens déjà que je ne vais pas guérir de sitôt.

La pêche aux subventions

28 mai 2008 – 10:07 by redacteur

J’ai entendu ce matin sur LCI que selon les économistes, la hausse des prix rend intelligent”. La récente hausse des matières premières et principalement du pétrole devrait donc nous rendre géniaux !

Ce n’est pourtant pas l’image que nous donne le monde des marins-pêcheurs aujourd’hui. Quelles conclusions peut-on tirer de leur comportement actuel ?

  • ils sont violents : bagarres en tout genre, saccages de biens publics et privés
  • ils sont voleurs et ne respectent pas la propriété privée (pillage dans les supermarchés)
  • ils sont racistes en ne détruisant que les poissons qui viennent de l’étranger où plutôt qui sont pêchés par des concurrents étrangers
  • ils sont protectionnistes en considérant que la mer leur appartient. Ils sont prêts à en découdre avec tout concurrent étranger (il faudrait alors apprendre aussi aux poissons à respecter les frontières) et ils voudraient même empêcher les plaisanciers d’effectuer une pêche de loisir
  • ils sont menteurs : ils accusent tout concurrent ainsi que ces mêmes plaisanciers de pratiquer de la surpêche
  • ils sont égoïstes en entravant la liberté des individus en bloquant les routes et les dépôts de carburants
  • ils sont vulgaires en traitant impunément le président « d’enculé » au Guilvinec, alors qu’un certain jeune de banlieue parisienne avait écopé de 4 mois de prison ferme pour un « fils de pute » alors que Nicolas Sarkozy était encore simple ministre…

Bref, un beau spectacle dont raffole les médias. Mais qui sont ces personnes pour nous donner des leçons et vouloir imposer leur lois dans ce pays ? Les marins-pêcheurs (embarqués plus de 3 mois en mer par an) représentaient environ 23000 personnes en 2001 : soit l’équivalent d’une petite ville de province ou du dixième d’un arrondissement parisien. C’est un peu méprisant d’utiliser cette comparaison parisienne, eux qui crachent sur ces gens qui travaillent dans les bureaux à Paris et surtout à Bruxelles et qui ne comprennent rien à la vraie vie, la leur. Ils vont même accuser l’Europe d’être une dictature alors que c’est eux-mêmes qui représentent une petite minorité qui veut imposer sa volonté au plus grand nombre.

La hausse du prix du gazole force de nombreuses personnes et secteurs de l’économie à s’adapter. Le métier de marin-pêcheur n’est plus une profession rentable, quoique par pour tout le monde : allez voir comment vivent ceux qui possèdent des coquillards (navires qui pêchent la coquille Saint-Jacques) dans les eaux de la Manche.

Que fait tout être responsable quand son activité n’est plus rentable… il s’adapte. Que fait-on en France ? On va à la pêche aux subventions. Le contribuable est mis à contribution. Il faut bien avoir du poisson nous répond-on… Oui, mais quel poisson et à quel prix ? S’il s’agit d’épuiser les fonds marins et d’entraver la concurrence, quelle belle leçon de dépense d’argent public.

Le pire, c’est que les marins-pêcheurs sont les premiers à dénigrer la puissance publique (sauf s’il s’agit de leur fournir un litre de gazole à 40 centimes). Ils ne supportent pas ce monde de bureaucrates et de fonctionnaires (des fainéants selon beaucoup d’entre-eux) qui fait tout le temps la grève. Mais ils ne se rendent pas compte qu’ils réagissent comme les syndicats de la fonction publiques les plus extrêmes (à quand un syndicat Sud-pêche ?) : revendications irresponsables, hostilité à toute réforme, blocage du pays (allez leur parler de service minimum). De plus, ces 23000 marins pensent avoir plus de légitimité que, par exemple, 800000 profs pour « emmerder » les autres. Ils ont juste une plus grande gueule et on les sait incontrôlables et prêts à tout (y compris à brûler des bâtiments publics, dont le célèbre Parlement de Bretagne en 1994 dont la restauration aura coûté plus de 35 millions d’euros).

On a là un bel exemple, très choquant pour un libéral, où c’est la violence et la bêtise qui dictent les politiques publiques et retombent sur les contribuables. L’image que nous donnent les marins-pêcheurs aujourd’hui est celle d’un anti-libéralisme où ni la liberté, ni la propriété ne sont respectées et où des individus préfèrent faire payer à la communauté leur irresponsabilité. Mais bon, allez expliquer ça à un pêcheur, sans vous faire insulter, ni vous faire frapper…

La morale et le libéral - 2ème partie : le barbare et le civilisé

7 mai 2008 – 10:21 by redacteur

Le libéralisme part du postulat que tous les individus sont des êtres responsables et qu’accroître leur liberté ne peut qu’engendrer davantage de bien-être, aussi bien personnel que pour la collectivité dans son ensemble.

Beaucoup de mes détracteurs me rétorquent que ce postulat ne peut être vrai. En effet, pour eux, les êtres humains sont perçus comme des irresponsables, qui ne cherchent que leur satisfaction personnelle au mépris des règles collectives. On me fait remarquer que cette tendance à l’incivisme et au chacun-pour-soi est particulièrement développée en France (voir à ce sujet La société de défiance - Comment le modèle social français s’autodétruit), et qu’il est illusoire de penser que plus de liberté amènera à un meilleur système politique et social.

En fait ces personnes distinguent deux types d’individus. D’une part, celles qui sont éduquées, qui disposent de suffisamment de recul et d’esprit critique : les civilisés. Bien entendu, mes interlocuteurs font partie de cette catégorie. D’autre part, celles qui paraissent complètement inconscientes et limitées. Les masses qui se complaisent dans l’abrutissement audiovisuel et dans la société de consommation. La preuve, certains sont tellement irresponsables, qu’il s’endettent plus que de raison et sombrent dans la faillite personnelle : les barbares.

Bien entendu, c’est aux civilisés de montrer la voie. Pour eux, ils seraient suicidaire pour une société de donner davantage de liberté aux barbares. Cela ne pourrait que mener à leur perte, et par conséquent que nuire aux intérêts de la société dans son ensemble. Les civilisés doivent donc prendre les décisions, édicter des réglementations  sous peine de chaos, de retour à la barbarie généralisée.

C’est ce type de logique qui dicte tous les systèmes interventionnistes, et pour aller plus loin, totalitaristes. Certaines classes croient avoir la légitimité pour conduire les masses en pensant savoir quel est leur intérêt. L’individu n’existe plus, la diversité non plus. Ne pouvant prendre des décisions raisonnables par eux-mêmes, le quotidien et le destin des barbares est dicté par la loi des civilisés, qui eux savent quel est le meilleur système.

Non seulement, le civilisé restreint ainsi la liberté du barbare en lui imposant des règles discutables, mais disposant d’un esprit charitable, la classe civilisée tente également d’amener la classe barbare à son niveau. L’idéal serait en effet qu’il n’y ait plus de barbares, donc on cherche à éduquer ou du moins à civiliser les masses ignorantes. Bien entendu, les civilisés appliquent là encore un modèle globalisant élaboré par leurs soins. Mais malgré le collège unique, la volonté d’amener tout le monde au bac et de développer un certain type de sensibilité culturelle, la majorité des barbares ne semble pas adhérer à cette logique, et semblent avoir tendance à conserver leur référence, en méprisant même parfois ce qui leur est offert (les enseignants, Arte, le cinéma français, …). Sans tomber dans l’excès inverse (souvenons-nous de la célèbre citation “Si vous trouvez que l’éducation coûte trop cher, essayez l’ignorance“), les modes actuels de transmission culturelle nous semble particulièrement inadaptés car monolithiques, raisonnant en masses impersonnelles à civiliser selon un modèle unique et non en potentiels individuels à développer en fonction des capacités de chacun (voir La “mauvaise éducation” nationale).

Que propose donc le libéral ? Déjà, il ne peut se résigner à raisonner en terme de masses. Pour lui, la morale du bien-être collectif ne peut cautionner la dévalorisation de la liberté individuelle. Il ne croit pas en la prédominance de civilisés sur des barbares, car raisonnant en terme personnel, il sait que chaque individu intègre en lui ces deux composantes, même s’il a parfois tendance à refouler la moins valorisante. Est-il plus moral de se complaire devant TF1 que de se délecter d’un spectacle de danse contemporaine ? On aurait tendance à dire que se contenter de la première option mènerait à une société d’abrutis. Or, un tel raisonnement est complètement biaisé par un jugement qui condamne a priori certaines pratiques en la comparant à d’autres infiniment supérieures. Seulement la question n’est pas de savoir laquelle doit servir de modèle. Il est rassurant que les deux options puissent (co)exister, et que les individus tirent leur plaisir de pratiques différentes. Dire que telle chose est civilisée, donc supérieure, c’est forcément vouloir imposer ses goûts et sa vision du monde à la société, alors que les critères de supériorité utilisés sont pour le moins subjectifs. Cette attitude peut amener à tous les abus, car elle implique que l’homme livré à lui-même est intrinsèquement mauvais et dangereux pour ses pairs.

Le libéral pense au contraire que personne n’est suffisamment irréprochable pour dicter sa loi aux autres. Pour autant, il n’est pas utopiste au point de penser qu’il est possible de se passer de règles. Il pense seulement que celles-ci doivent empiéter au minimum sur la liberté de chacun, et qu’elles ne doivent pas être édictées au profit d’une seule catégorie de la population. En laissant le maximum de champ aux initiatives individuelles, le libéral fait confiance aux individus, et pense que le progrès réside dans la diversité des actions et des réflexions. A la fois barbare et civilisé, il croit en la capacité de l’homme à réfréner ses instincts médiocres et mortifères. Au pire, s’il se trompe, c’est que la liberté individuelle constituait une capacité plus destructrice que créatrice de bien-être. Dans ce cas, rien ne nous distinguerait alors des autres espèces animales, et nous serions comme elles destinées à vivre dans la servitude ou à disparaître. Mais ça serait alors rejoindre le lot de pessimistes qui grouillent dans la société et qui, sous prétexte que le mal réside en chaque être humain, veulent nous priver de notre liberté, et donc de la possibilité d’exprimer ce qui constitue le meilleur en chacun de nous.

La retraite par disparition

22 avril 2008 – 11:26 by redacteur

Alors que le débat fait rage sur l’allongement de la durée de cotisation à 41 ans pour le système des retraites par répartition, la question de fond reste intacte. Cette réforme est une mesurette qui cache une vérité criante : le système par répartition est en train de devenir un abysse sans fond, devenant ingérable et creusant encore davantage l’endettement du pays.

L’équilibre du système par répartition dépend du rapport entre le nombre de cotisants et celui des retraités. Celui-ci était de 1,75 en 1995 pour le régime général. Il est aujourd’hui estimé à environ 1,5 et devrait descendre à 1,22 en 2015. On voit bien qu’un salarié d’aujourd’hui doit à lui tout seul financer une plus grande part des pensions des retraités actuels. Cette immédiateté de la reversion (l’argent d’aujourd’hui paye les retraites d’aujourd’hui) est d’autant plus problématique que la hausse vertigineuse du montant total des pensions a très mal été anticipée. Loin de tout pouvoir supporter à lui seul, le salarié actuel n’est plus la seule victime. La plupart des pensions individuelles tendent également à se réduire sous peine de faillite généralisée.

Rien de très nouveau dans ce constat. Néanmoins, comme je suis prévoyant, j’ai sorti ma calculette financière et tenté de voir quelle était l’ampleur du désastre. A ce propos, les organismes de retraite ont en mis en ligne un simulateur très utile qui donne une idée de notre future pension (certes cela reste très hypothétique étant donné l’état du système actuel).

Sans trop rentrer dans les détails, j’ai actuellement 33 ans. En admettant que je prenne ma retraite à 65 ans, je devrais toucher une pension deux fois moins importante que mon dernier salaire (en euros constants). C’est-à-dire que j’aurai un pouvoir d’achat divisé par deux.

Comme cela ne me satisfait qu’à moitié (logique), je calcule donc combien il faudrait que j’épargne mensuellement pour bénéficier du même pouvoir d’achat pendant ma retraite : comme si l’on était dans un système par capitalisation. Je vous épargne le détails des calculs, mais je décide d’utiliser les travaux de Gary Becker (Prix Nobel d’économie en 1992) sur le capital humain. En résumé, à mesure que mon capital humain décline en vieillissant, mon compte retraite doit augmenter pour pouvoir prendre le relais quand mon capital humain sera tombé à zéro (lors de mon départ à la retraite).

En admettant que je meurs à 80 ans (ce qui statistiquement est assez probable), je dois donc subvenir à 15 années de retraite. Comme je suis prudent (je l’ai déjà dit), je ne mets pas mon argent dans des fonds de pension accolés à la bourse. Je table sur un taux d’intérêt annuel de 3,5% (soit le taux actuel du livret A) et une inflation annuelle à 2,6% (bon d’accord je suis optimiste) : soit un taux réel annuel d’environ 0,88%.

Abracadabra, j’arrive donc à environ 481 euros mensuels pour maintenir mon pouvoir d’actuel (en euros constants), c’est-à-dire mon salaire moins ces 481 euros destinés à ma retraite. Comme je suis curieux, je regarde combien moi et mon employeur cotisons actuellement par mois, sachant que mon employeur pourrait m’augmenter s’il n’utilisait pas son argent pour payer mes cotisations retraite (ou plutôt les pensions des retraités actuels). Après quelques minutes pour comprendre mon bulletin de salaire (qui je pense est conçu pour ne pas réellement qu’on sache ce que nous coûte ce système), j’arrive à la somme ahurissante de 1236 euros par mois. En résumé, je paye donc environ 2,5 fois plus que si je mettais de l’argent de côté tous les mois et tout cela pour toucher une retraite deux fois moindre que si j’économisais. Pour faire vite, le système par répartition me coûte donc 5 fois plus cher qu’un système par capitalisation.

Vous allez me dire que le système par répartition est solidaire, qu’il est normal que je participe au bien de la communauté. Mais regardons les choses en face : s’il y a 1,5 cotisant pour un retraité, je dois donc faire vivre par mes cotisations 2/3 d’un retraité et non pas 5 !

La vérité est que ce système est très mal géré, pénalisé par des frais de gestion pléthoriques, dénué de capacité d’anticipation et ne profitant pas des capacités d’investissements liées à la capitalisation. Le problème est qu’on ne peut subitement arrêter un système pour un autre et qu’il faut prévoir une phase de transition. Mais il y a urgence si l’on ne veut pas devenir les nouveaux pauvres de demain suite à nos irresponsabilités d’aujourd’hui.

Personnellement, j’ai décidé de couper la poire en deux et d’épargner la moitié de ce que je devrais prévoir en cas de capitalisation, pour compenser la future division par deux de mon pouvoir d’achat. Ce qui fait que cette retraite me coûte ainsi qu’à mon employeur (et donc à moi quand même) quasiment 1500 euros mensuels soit juste un peu moins que mon salaire net. Avec tout ça, espérons que l’ironie du sort ne me fasse pas mourir avant 80 ans, car dans ce cas on peut dire que ma retraite m’aura coûté plus cher que ce que me rapporte le fruit de mon travail tous les mois.

En conclusion, je citerai Frédéric Bastiat : “L’Etat peut faire des impôts un bon ou un mauvais usage ; il en fait un bon usage quand il rend au public des services équivalents à la valeur que le public lui livre. Il en fait mauvais usage quand il dissipe cette valeur sans rien donner en retour” (Sophismes économiques). Alors comment qualifier cet usage quand l’Etat fait disparaître plusieurs fois la somme nécessaire au service rendu pour auto-alimenter son omnipotence ?

Note : Si vous voulez approfondir ce sujet des retraites, n’hésitez pas à consulter le blog Objectif Liberté de mon ami Vincent Bénard qui a réfléchi à ce sujet de manière beaucoup plus complète et documentée que moi.

La morale et le libéral - 1ère partie : L’individuel et le collectif

26 février 2008 – 16:38 by redacteur

Dans mes discussions ou débats au sujet du libéralisme, les principaux désaccords ou divergences de vue reposent bien souvent sur des questions de morale. Il me semble donc intéressant d’entamer une réflexion à ce sujet en la mettant en parallèle avec le rejet que peut provoquer chez certaines individus toute référence au seul mot « libéral ».

Pour simplifier, la morale est ce qui touche à la perception du juste et de l’injuste, du bon ou du mauvais. Bien souvent, le libéralisme est perçu comme une idéologie injuste, mauvaise, immorale et même taboue car elle est assimilée à des valeurs individuelles comme l’égoïsme, le chacun pour soi.

Cette fausse perception de la pensée libérale, particulièrement développée en France, repose en grande partie sur des questions morales liées à notre culture judéo-chrétienne qui a toujours valorisé le collectif au dépend de l’individu. En effet, même si d’autres formes de morales se développent aujourd’hui, souvent assez complexes et polymorphes, cette question du rejet du libéralisme est dans notre civilisation intimement liée aux héritages religieux et aux interdits qui y sont associés plus ou moins consciemment.

Si l’on observe les grandes religions monothéistes, le bien collectif est ce qui doit primer sur l’individu, y compris sur sa liberté. Les religions ont en effet construits toute une série de dogmes à suivre et de pratiques à respecter qui au cours de l’histoire sont apparus pour les individus non plus comme des choix mais comme des évidences. Le croyant a en quelque sorte intégré l’aspect extérieur et liberticide de la religion, non pas comme une contrainte, mais comme une composante intérieure alimentée par sa propre foi. Ainsi concernant la morale, des questions discutables sont devenus évidentes, voire même irrévocables (exemple : c’est mal de tromper sa femme ou d’être homosexuel, etc.).

A ce propos, la première grande religion monothéiste, le judaïsme aliène particulièrement la notion individuelle. Tout la tradition juive fait référence au peuple hébreu élu par Dieu, au respect des coutumes (par exemple, la circoncision : marquage collectif indélébile signifiant l’appartenance imposée à la communauté). Même une fois le peuple hébreu dispersé hors de la Terre promise, il s’est organisé en communautés et a été désigné comme diaspora. Dans ce contexte, il y a peu de place pour la morale individuelle, peu de questions à se poser à ce sujet, ainsi tout acte allant à l’encontre de l’intérêt collectif est immédiatement condamné. Heureusement, certains esprits libres sont parfois arrivés à s’extirper de cette pesanteur morale (ex. Sigmund Freud – lire à ce sujet L’avenir d’une illusion). Aujourd’hui cette prégnance du collectif sur l’individuel s’avère encore prépondérante dans la compréhension des questions géopolitiques comme le conflit israélo-palestinien et sur la difficile émergence d’un compromis qui semble impossible à réaliser car impliquant la communauté tout entière.

Il apparaît donc à peu près compréhensible que le peuple hébreu ait perçu l’apparition de Jésus comme une usurpation ou du moins comme un événement que leur morale ne pouvait cautionner. Jésus c’est l’individuel qui va à l’encontre de la tradition collective. Pourtant la Bible annonçait la venue d’un messie, mais quel qu’il soit, il n’aurait de toute façon pu être accepté par les Juifs, même s’il avait accumulé des centaines de miracles.

On peut interpréter l’apparition du christianisme comme le réveil de la dimension individuelle de l’homme dans sa quête du religieux. Néanmoins, cet résurgence de l’individu va être de courte durée. Alors que Jésus aurait dû être perçu comme un prophète annonçant un message certes universel mais proposé à des individus libres de le suivre, il a vite été transformé en fils de Dieu, voire en Dieu lui-même grâce à l’ingénieuse invention du concept de Trinité, ce qui change bien vite le sens de la morale chrétienne. Tout le début du christianisme est un combat pour ramener l’individu chrétien dans le chemin du collectif à travers la conception d’un dogme, d’un livre unique (en reprenant la tradition communautaire des Juifs) aux évangiles judicieusement sélectionnées, d’un culte bien codifié et d’un clergé très vite en étroite relation avec les sphères du pouvoir terrestre. Pour verrouiller le tout, le salut de l’âme individuelle ne peut passer que par l’Eglise collective parasitant l’échange direct avec Dieu, notamment à travers l’obligation de confession.

Ainsi, au fil du temps, la morale chrétienne dont nous avons en grande partie hérité est devenue de plus en plus codifiée et complexe. Elle a réglée la vie quotidienne, s’est immiscée dans les esprits au plus profond de l’inconscient. Certes, elle a connue des évolutions majeures : l’apparition du protestantisme a rétabli avec force une légitimité individuelle vis-à-vis de la foi. En supprimant les intermédiaires (saints, vierge, confesseur…), le contact est devenu plus personnel avec le religieux et donc plus individualisé, ce qui a favorisé la création d’une multitude d’Eglises réformées encore présentes aujourd’hui. Il n’est pas étonnant que les idées libérales soient perçues nettement plus positivement dans les pays à forte tradition protestante (voir à ce sujet Max Weber, L’éthique protestante et l’esprit du capitalisme).

Mais même si la dimension religieuse reste particulièrement présente dans les pratiques sociales et la construction des idéologies (notamment aux Etats-Unis), toute une dynamique a tenté au contraire de rendre les esprits indépendants du carcan religieux afin de privilégier la raison (depuis les Lumières en Europe). On peut sans doute déplorer aujourd’hui la déliquescence du spirituel dans nos sociétés contemporaines, car elle laisse parfois un vide qu’on ne sait comment combler. Certains choisissent les drogues ou les médicaments, d’autres les totalitarismes… Néanmoins, si les croyances religieuses tendent à s’effacer (Pour les fondamentalistes chrétiens américains, l’Europe serait devenue une terre d’athéïsme), la morale chrétienne subsiste telle une force d’inertie.

Je ne me permettrais pas de déclarer qu’il faut en finir avec cette morale, car elle constitue le ciment auquel beaucoup d’individus se raccrochent pour imaginer un avenir meilleur. Je pense simplement qu’en fossilisant cette morale afin de se rassurer, les individus s’empêchent de la critiquer et d’en favoriser l’évolution. Dire qu’il y a une morale collective immuable est certes apaisant, mais empêche l’épanouissement personnel et l’évolution des sociétés.

Le péché originel et la crucifixion engendrent toujours de nos jours une certaine forme de culpabilité. Si je pense à moi avant mon prochain et même si je me dis que ce n’est pas si mal, j’ai tout de même la désagréable impression d’avoir quelque chose à me reprocher. Quand l’individuel prévaut sur le collectif, la morale culpabilisante se réveille. D’où la critique démesurée du libéralisme. Il faudrait agir pour l’universel, l’intérêt public, la communauté en premier lieu et ainsi être un citoyen admirable.

Bizarrement, le comportement quotidien de mes congénères qui me reprochent mes idées libérales ressemblent beaucoup à mon propre comportement. Ils ont sans doute leur conscience pour eux, mais rien ne les distingue réellement à part un discours convenu. Ils trient peut-être leurs déchets (tout comme moi), donnent de l’argent à des associations (tout comme moi), critiquent les hommes politiques qui gèrent mal le pays (tout comme moi), se désespèrent de la pauvreté et de l’injustice (tout comme moi). La seule chose qui les distingue de moi est qu’ils ne semblent pas assumer réellement ce qu’ils sont, et comme ils vivent dans la culpabilité, ils deviennent pessimistes et n’ont plus aucune foi en l’avenir collectif.

Un grand nombre de mes amis non-libéraux ont en effet un discours démoralisant. Ils ont perdu la foi dans l’humanité qui, selon eux, va dans le mur. Il se désespèrent et critiquent. Mais individuellement, ils ne se rendent pas compte qu’ils disposent d’une grande richesse qui est la liberté dont ils disposent. A mon avis, il serait irresponsable de ne pas utiliser une telle ressource pour parvenir à un meilleur bien-être. Mais ils ne semblent plus y croire. A les entendre, il n’y a plus aucune marge de manœuvre pour l’action individuelle.

Ce qu’ils prônent, c’est du collectif. L’Etat doit résoudre les problèmes, mais s’il n’y arrive pas, c’est que les hommes politiques pensent d’abord à eux plutôt qu’à la communauté. Il s’en suit une crise du politique. Pourtant, de gauche, comme de droite, nos représentants essayent plutôt d’imposer leur vision collective de la société. Ils veulent et pensent pouvoir régenter beaucoup de choses mais comme cela ne fonctionne pas souvent, la sphère politique érode peu à peu son capital pourtant déjà bien faible de crédibilité. Finalement, peut-être est-on en train de créer une société nihiliste, où l’on ne croit plus en rien, ni à l’individu, ni au collectif, ni même à l’universel.

Ainsi, pour contrer une telle tendance, il me semble urgent de réhabiliter la pensée libérale. Pour moi, être libéral, c’est avant tout avoir confiance dans l’individu. Le bonheur de chacun ne pouvant résider que dans la liberté individuelle et non dans les contraintes collectives.

Le libéralisme est un élan optimiste vers l’avenir. L’individu est facteur d’espoir et de progrès pour la communauté et cette affirmation m’apparaît tout à fait compatible avec la morale. A l’inverse, je ne crois pas que la communauté soit un facteur d’espoir et de progrès pour l’individu, car comme l’histoire l’a maintes fois démontrée, cela ne peut se faire qu’au détriment de la liberté individuelle.

Le fait que la communauté ne soit plus aussi protectrice et rassurante en déstabilise plus d’un, mais le recours plus systématique à l’échelle individuelle ne signifie pas pour autant la disparition des notions d’égalité ou de solidarité qui sont les bases de la vie communautaire. Ne pas empiéter sur la liberté de son voisin est la règle d’égalité principale. Que celui-ci soit riche, noir ou idiot ne concerne en rien la dimension égalitaire. C’est sa liberté d’être ce qu’il est du moment qu’il respecte ma liberté d’être comme je suis. Je n’ai aucun jugement moral à porter sur lui.

Quant à la solidarité, elle est pour ainsi dire inhérente à toute société humaine, les individus ayant intérêt à développer des rapports positifs et collaboratifs entre eux pour créer du bien-être et de la richesse. De plus, la charité n’a de valeur qui si elle est individuelle. Toute charité collective ne peut donc être que contrainte et par conséquent artificiellement morale.

Voici donc, une première réflexion concernant la morale et le libéral. J’espère qu’elle aidera à appréhender sous un jour meilleur le libéralisme. D’autres aspects de cette délicate relation seront abordés dans de prochains articles. A suivre…

Le commerce à tout prix ?

6 février 2008 – 17:23 by redacteur

A l’approche des élections municipales, les discussions se font de plus en plus politiques au collège. A ce propos, j’ai récemment eu l’occasion de débattre avec l’un de mes collègues sur des questions liées à la nature et à la place du commerce dans les centres villes.

Pour lui, l’un des enjeux urbains majeurs résidait dans la lutte contre la « désertification » du centre-ville, aussi bien en terme de fréquentation que de diversité commerciale. Il observait que le centre n’était plus aussi animé qu’avant, qu’il était en grande partie déserté en journée. Je lui demandais alors s’il s’était déjà baladé un samedi après-midi dans les rues bondées (ou dans un H&M ou une boutique Orange), mais il me rétorqua que la plupart étaient des jeunes qui ne faisait que traîner et qui n’achetaient quasiment rien.

Qu’un professeur de l’enseignement public se fasse le défenseur du commerce me réjouissait plutôt. Mais à ce moment, je compris que, pour lui, tous les commerces ne se valaient pas. Il regrettait la multiplication des franchises (qu’il ne fréquentait forcément pas et laissait aux « jeunes traînards ») et la disparition des petits commerces qui seuls pouvaient permettre un vrai choix et une réelle convivialité (ce qu’il appelait une vie de quartier).

Là, il se mit à déplorer la fermeture des boucheries, des poissonneries, des merceries et que sais-je encore. Toutes ces victimes de la grande distribution, du stationnement trop cher et surtout des nouveaux commerces qui faisaient mourir le centre : opérateurs téléphoniques ou restaurants branchés et surtout agences immobilières ou banques peu génératrices de flux. Dans ce dernier cas, la stratégie foncière des établissements bancaires peut certes s’avérer en inadéquation avec les intérêts commerciaux des autres enseignes. A Nantes, une charte a été définie pour éviter les abus nuisibles à l’animation commerciale. On notera bien là, la relative efficacité des commerçants à se réunir en lobby et à s’appuyer sur la puissance publique dès qu’ils se sentent menacés.

A cet instant, je ne réagissais encore que mollement, mais je me mis à bondir quand il me dit que la mairie songeait également à racheter des locaux commerciaux pour faire revenir des petits commerces qui animaient les quartiers du centre !

Que l’argent du contribuable soit utilisé à subventionner des activités non rentables, soit disant pour un mieux collectif (comme permettre à l’habitant du centre-ville de discuter avec sa bouchère), je ne pu l’accepter et mon esprit libéral commença donc à s’échauffer.

J’essaya d’abord de lui faire comprendre qu’il était plutôt sain que le commerce de centre-ville se transforme, que cela répondait à une demande ou tout au moins à des stratégies commerciales voulant exploiter une demande potentielle. Que le centre-ville bénéficiait d’une situation privilégiée au cœur des flux et qu’il était normal que ces espaces soient convoités et sources d’investissement. Même si le manque d’accessibilité routière était toujours déploré par les commerçants, cela en faisait justement un espace différencié et plus gratifiant à fréquenter que n’importe quelle galerie commerciale gratuite et accessible en périphérie.

Le commerce de proximité bien sûr avait du mal à survivre, mais il ne disparaissait pas partout. Le positionnement commercial ne pouvait tout simplement pas rester le même dans un centre-ville et certains l’avaient bien compris. Pour résister à la pression foncière, il était nécessaire pour ces petits commerces d’élargir leur clientèle. Tout ceci ne pouvait se faire qu’au profit d’une meilleure qualité et donc d’une meilleure réputation qui leur permettait d’augmenter à la fois leur aire de chalandise et leurs prix de vente. Il ne pouvait donc rester que les meilleurs, la situation du centre-ville sanctionnant très vite toute médiocrité.

Mais mon collègue commençait à s’échauffer, il refusait que « son » centre-ville soit laissé aux jeunes, aux riches et autres bobos qui se permettaient de transformer son cadre de vie en fonction de leurs douteux modes de consommation. Bref on virait dans le réactionnaire, d’autant plus que la discussion se fit plus rurale, voire carrément « pernaudesque » (en référence au fameux JT d’un certain Jean-Pierre). Il se mit alors à faire le parallèle avec les bourgs des communes rurales qui perdaient un à un leurs commerces. Pour lui, c’était révoltant, les personnes âgées n’avaient plus la possibilité d’acheter leur pain… Bref, il fallait faire quelque chose sur le plan politique (obliger les commerces à rester et à perdre de l’argent ?).

Encore une fois, je lui dit avec conviction que je trouvais tout à fait aberrant de donner des subventions à ces commerçants pour qu’ils puissent rester rentables (autant alors créer des magasins d’Etat). Si la plupart des clients en zone rurale trouvaient ces magasins trop chers, peu pratiques et préféraient faire 10 ou 20 km en voiture pour faire leur courses dans l’hypermarché de la ville voisine, en quoi étais-je responsable, et surtout redevable ? Certes, on pouvait aider les personnes ayant du mal à se déplacer mais non pas en maintenant sous perfusion des magasins inutiles, mais plutôt en créant de nouveaux services de livraison plus adaptés et plus personnalisés. Il me rétorqua qu’ils allaient devoir payer pour cela, mais je lui expliquais que je ne trouvais pas ça choquant. Au contraire, il me semblait plus normal que le bénéficiaire du service soit davantage sollicité que la communauté des contribuables pour un service très coûteux et très restreint en terme de bénéficiaires.

A un moment ou un autre, il faut bien resituer le commerce dans sa véritable logique, celle des coûts/bénéfices qu’ont le client à venir acheter dans un magasin. Combien de temps est-il prêt à passer dans sa voiture pour payer moins cher ses courses ? Combien d’argent est-il prêt à payer en stationnement pour acheter le vêtement qu’il ne trouvera pas sur tout le monde ? Combien est-il prêt à acheter son logement pour ne pas être trop éloigné des commerces qu’il fréquente régulièrement ?

En résumé, s’il est loin de tout commerce, pourquoi ferait-il payer aux autres le désavantage et le coût que représentent cette distance ? Soit on est responsable et on assume les coûts (en cherchant un logement plus pratique ou en payant un service de livraison), soit on est irresponsable et on part à la chasse aux subventions pour que l’argent public finance notre mode de vie.

Autant dire que le ton montât assez vite. Mon collègue me demanda si j’avais participé au rapport Attali, puis il me fit la remarque que, de son temps, les profs étaient plutôt à gauche, avant de vite quitter l’arène. Je n’ai donc pas eu le temps de lui faire remarquer que c’étai lui qui défendait le petit commerce et le « c’était mieux avant » et qu’on pouvait difficilement faire plus conservateur.

Bref, je suis un peu stigmatisé depuis cet échange, mais je ne regrette en rien mes positions, même si elles sont moralement peu acceptables pour une personne de gauche ou de droite. En effet, peu de temps après je tombais à la télé sur une interview d’Edgar Morin (l’inspirateur de la nouvelle « politique de civilisation » sarkozienne) et celui-ci tenait à peu près le même discours sur le commerce dans les bourgs ruraux. Enfin, les jours suivant, je visionnais un reportage assez « pernaudien » présentant comme un héros le maire d’une commune de 400 habitants qui était devenu maître dans la chasse aux subventions publiques pour faire vivre sa commune (qui n’aurait pu subsister avec les seuls impôts de ses contribuables). On a les modèles qu’on mérite…

Il ne me semble pas immoral de vouloir réformer un système français si sclérosant qui, comme on l’a vu, s’efforce de maintenir les choses comme elles étaient avant pour ne pas trop froisser un électorat rural surreprésenté politiquement ou des corporations de commerçants quémandant perpétuellement des aides, plutôt que songeant à adapter leur stratégie commerciale à la demande actuelle. A mon avis, la libération de la croissance ne viendra que par la facilitation de cette adéquation entre l’offre et la demande, et non par l’illusion d’une offre qui ne crée aucune richesse et qui maintient le pays dans une posture passéiste, éternel cliché français digne d’un mauvais film américain.